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2008 : post-scriptum

Il y eut des journées plus longues que d’autres. Des semaines interminables. Des mois qui défilent, sans crier gare. Quelques nuits blanches. Au total, trois cent soixante six jours de vingt-quatre heures, parait-il. Bref, 2008 fut une année bissextile comme les autres. Somme de vide et de plein, de rire, d’ennui, d’espoir et de douleur. La voici qui s’échappe sans qu’il soit encore possible de savoir ce qu’il en restera. Le tri se fera, par étape, parmi les évènements marquants ou fugaces, des objectifs auxquels on a tenté ou simplement feint de coller, ces urgences à urger, des rendez-vous manqués ou des rencontres qu’on espèrerait toujours inoubliables.

Hier soir, j’ai terminé la lecture du Livre du rire et de l’oubli, glissé au dernier moment dans ma valise. Au détour d’une page, Kundera écrit à propos de l’un de ses personnages : “celui qui ne se soucie pas du but ne demande pas où il va”.

C’est très exactement dans cette état de parfait candide que j’ai voulu, début 2008, garder l’image de chacune de mes journées, comme on regarde filer le sable entre ses doigts. Mais très rapidement, j’ai compris que s’astreindre à faire une photo par jour (selon quel critère d’ailleurs ? graphique ? énergique ? esthétique ? égocentrique ?…) revenait à lancer, jour après jour, une pièce en l’air en se persuadant qu’elle retombera toujours du bon côté.

L’exercice s’est transformé en défi, régulièrement. Ces jours-là, le marathon photographique devenait une gymnastique inconfortable dont la position de base consistait à avoir le nez en l’air, tout en gardant la tête dans le guidon.

A plusieurs reprises, j’ai pensé aux exercices de style qu’affectionnait l’écrivain Georges Pérec. Ni voyez aucun besoin de référence, ni aucune révérence, mais comment se souvenir sans songer à la clef de voûte de son œuvre. Voici donc ma contribution au plagiat généralisé qui caractérise si bien notre époque. Je me souviens…

Je me souviens donc avoir vu, adolescent, une exposition de photographie. La première certainement perçu avec la certitude, ou au moins le désir, de faire mien ce métier. Etait-ce William Klein qui était à l’honneur, je ne sais plus… N’empêche que, dans un texte court et malin, le photographe exposait l’équation suivante : partant du principe qu’il utilisait généralement la vitesse d’obturation du cent-vingt-cinquième de seconde ; que le nombre de photos exposées avoisinait les deux cents… Alors cette rétrospective censée “couvrir” plus d’une trentaine d’années de labeur ne donnait à voir, tout compte fait, que deux secondes de vie. CQFD.

Je vous laisse donc le soin de calculer la durée globale de ces 366 images.

Voir, photographier, avec ou sans traitement chimique, est toujours un acte révélateur. Pourtant je n’imaginais pas qu’à trop vouloir montrer, à trop vouloir parler de ce(ux) qui me font face, témoigner de ceux ou celles qui m’entourent ou m’attirent, cette chronique aurait finit par révéler, à ce point, une partie de moi-même.

Aussi, après une orbite complète focalisée autour de mon œil, je ressens pour l’année qui vient le besoin impérieux de prendre le large. Aller voir ailleurs… sans plus avoir à en rendre compte.

Le premier trimestre de 2009 se passera, pour moi et ma famille, en Asie du Sud-Est. Au dernier moment, c’est finalement un vieux Mamiya C220 argentique qui a pris place dans mon sac photo. La tannée de l’instantané, ce ne sera donc plus cette année !

Wait and see…

Bangkok, le 24 janvier 2009.


  1. andrew   24/02/2009 15:34    #

  2. Chrystel   24/03/2009 22:34    #

  3. Miss Boule   08/04/2009 14:08    #

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